LE BON VIEUX TEMPS, OU LE REVE ECOLO CHAPITRE IV ET DERNIER
FREDELAS POUR EURO-RECONQUISTA.COM
dimanche 17 juillet 2011, par

Nous terminons notre voyage dans le temps à la grande gare hospitalière.
Peu de français s’en souviennent, Valéry Giscard d’Estaing, dans sa campagne 1974 de candidature à la présidence de la République, avait fait de ’’l’humanisation des hôpitaux’’ un point fort de ses promesses.
Aujourd’hui, cet engagement peut sembler fade et fastidieux, pas de quoi exalter nos foules assoiffées de basse démagogie et de vengeance sociale. Mais nous allons voir que Giscard savait de quoi il parlait, car la situation décrite ci-dessous était loin d’être apurée en 1974....
Arrêtons-nous d’abord à la station ’’hôpitaux (généraux) ’’, juste pour signaler que la règle y était la salle commune. Suite à un petit accident, âgé de dix ans, j’ai dormi deux nuits de suite à l’hôpital de ma bonne ville de P...... : un grand dortoir d’environ 50 lits (ce n’était pas le seul dortoir). Les malades y étaient logés chacun avec sa petite maladie, excepté les tuberculeux qui avaient leur pavillon spécial pour éviter la contagion. Les infirmières s’occupaient d’eux chacun son tour, sans aucune intimité, au vu et au su des voisins. Ceux qui souffraient gémissaient publiquement, mais personne ne se plaignait : même résignation que face à la mort omniprésente. Aucun de ces malades ne se déplaçait jusqu’aux toilettes. Le personnel travaillait avec des seaux hygiéniques, et là encore, tout se faisait dans le petit espace voisinage immédiat du lit, sans gêne sous le regard des autres. ,Y compris pendant le service des repas, qui se prenaient au lit après que les infirmières aient installé le malade en position mi-assise sous de rudes oreillers en toile écrue. D’ailleurs personne ne regardait, c’était pareil pour tout le monde, résignation silencieuse....dévouement illimité des infirmières qui ne bronchaient pas, ne manifestaient aucune répulsion ni agressivité. Aucune jeune, toutes des matrones style ’’mère Denis’’, elles en avaient tant vu pendant 14-18 et 39-45 ! ... qu’elles étaient blindées ! je me souviens que le lit voisin du mien était occupé par un vieux Monsieur en phase terminale d’un cancer à la langue. Je le revois avec sa légère couronne moussante de cheveux blanc-gris. En chemise de nuit grise, il dormait le plus clair du temps, en râlant doucement, yeux mi-clos, insensible à son environnement, allongé sur le côté. Il eut droit dans la journée à un service ’’seau hygiénique’’, je détournai pudiquement les yeux et puis c’est tout. Mon autre voisin, un Monsieur d’âge mûr plâtré du genou à l’aine, m’apprit à voix basse que ce cancéreux était condamné à brève échéance, ce qui nous inspirait du respect. Tristesse, doux gémissements, résignation, silence feutré, effluves intermittents d’éther et de literie fatiguée, crucifix de bronze au fond de la pièce, surmontant l’arceau de la porte d’accès centrale, lumière tamisée par de fins rideaux blancs aux fenêtres alignées à la militaire, écoulement du temps à l’état pur. Ecoutons Mallarmé, fin connaisseur :
’’Las du triste hôpital, et de l’encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide
Le moribond sournois y redresse un vieux dos
(...)’’
La nuit était interminable et dure, elle attisait les souffrances et intensifiait les angoisses. Pas de sonnette d’appel de détresse, mais passage, toutes les heures, d’un veilleur de nuit, qui demandait à quatre ou cinq lits à la fois ’’ça va ?’’
A côté des hôpitaux généralistes, les plus importantes structures hospitalières étaient, de loin, les sanatoria. Presque tous en montagne, en tout cas dans notre Midi. Le traitement n’avait guère varié depuis 1900 : grand air, soleil, repos, suralimentation et pneumothorax ; cette dernière thérapie consistait en une compression du poumon malade aux cinquième ou au sixième de son volume normal par insufflation d’air dans la plèvre ; cette compression ’’calmait’’ les BK, mais elle nécrosait le poumon traité. Une fois le malade ’’guéri’’, c’est-à-dire stabilisé, on disait : ’’il n’a plus qu’un poumon pour vivre’’, ou ’’il n’a plus qu’une moitié de poumon pour vivre’’....Dans les cas graves (menace de ’’phtisie galopante’’), on opérait par ablation de tout ou partie d’un ou des deux poumons. Le patient était alors le plus souvent prothésé par des corsets de métal pour soutenir la poitrine après ce charcutage ; ainsi, un de mes camarades de classe, à qui on avait découvert le mal en novembre, revint de sana dans notre bonne ville de P...... un an et demi plus tard avec un corset de métal couvrant le dos des épaules au diaphragme. mais il ne put reprendre ses cours avec nous et continua sa scolarité par correspondance.
Comme dans les hôpitaux généraux, dans les sanatoria, c’était le régime des salles communes. La tuberculose ’’classique’’ tue lentement et sans souffrances insupportables, du moins jusqu’à la phase terminale, toujours dramatique mais assez courte. Soignée, elle pouvait durer vingt ou trente ans. L’un des médecins de notre ville l’avait attrapée en 14-18, dans les tranchées, à dix-neuf ans (il s’était engagé comme beaucoup de jeunes français de cette période). En 1960, il exerçait encore, le mal avait été stabilisé, les cavernes ’’cicatrisées’’ (mais jamais rebouchées, bien sûr). Donc dans les cas classiques (largement majoritaires), les malades ressentaient une fatigue en milieu d’après-midi, accompagnée d’une petite fièvre tenace qui durait jusqu’au coucher et bien après ; pas plus de 38 degrés, et c’était tout. C’était tout mais ça ne cessait jamais.....cette faible fièvre avait une particularité bien connue des milieux médicaux d’alors : elle exacerbait la libido. La plaie des sanatoria était donc l’envie permanente, tous les soirs, d’assouvir cette libido, n’importe où, n’importe comment, avec n’importe quel autre malade. Ce qui les fatiguait encore plus et entretenait la contamination perpétuelle (la transmission de la tuberculose pulmonaire se fait entre autres par tousserie aérienne). Les responsables des sanatoria avaient beau faire, rien n’arrêtait jamais cette envie permanente, si bien que des séances X hard parfois carabinées se déroulaient en cachette, souvent en groupe, jusque dans des recoins les plus cachés des établissements. Ce problème n’a jamais été vraiment résolu, il n’a disparu pour de bon qu’avec l’abandon des sanatoria. C’est pourquoi tant de couples, rendus à la vie civile après traitement réussi, s’étaient formés en sanatorium.....
En 1955, j’ai eu l’occasion de visiter de façon approfondie un grand sanatorium des Pyrénées, aujourd’hui réformé depuis longtemps. Enfermé dans une clôture de maçonnerie rustique, protégé par une solide entrée de fer forgé, il trônait sur quelques hectares à mille cinq cents mètres d’altitude, imposant bâtiment de quatre étages aux volets lie de vin, aux murs ocre vif, de plus de quatre-vingt mètres de long, au flanc d’une belle montagne, non loin d’un célèbre chaos naturel géant rappelant certaines photos de la planète Mars. Des malades solitaires et silencieux se promenaient autour, on les reconnaissait immédiatement à leur teint de cire, leur yeux cernés, leurs joues creuses et leur profil d’aigle, maigre et osseux. C’était une véritable petite ville autonome, baignant dans une ambiance qui faisait penser au vaisseau spatial ’’l’Entreprise’’ (StarTreck et ’’Monsieur Spock’’...). Quand on savait à l’avance, il n’y avait vraiment rien à dire. En repartant, nous nous sommes longuement attardés devant une petite chapelle de plein air adossée à un haut mur et protégée par un grand arbre. Sa façade était ajourée dans sa partie supérieure, s’ouvrant sur une niche profonde de plus d’un mètre, haute d’autant et large d’au moins deux mètres. En s’approchant, on y voyait des centaines et des centaines d’ex-voto, accrochés partout avec de petits clous ou de simples punaises. Chacun remerciait à sa manière, en quelques mots simples et poignants, la Vierge Marie ou Sainte Bernadette, ou Sainte Thérèse de Lisieux...c’étaient les mots d’adieu à ce lieu de souffrances de celles et ceux qu’on laissait partir, estimant leur état suffisamment ’’stabilisé’’. Leur lecture hypnotisait et engendrait des torrents d’images et de pensées, on revivait les combats, la volonté de vivre, les luttes contre la désespérance de tous ces humbles tuberculeux inconnus ; il fallait un violent effort pour s’en détacher ; l’émotion montait toute seule et vous prenait à la gorge..... il fallait bien partir quand même......
Chers écolo-bobos d’ici et maintenant, sachez que ces fleuves de souffrance humaine avaient pour cause principale la pauvreté, l’absence de chauffage l’hiver, de sanitaires et d’hygiène, et la sous-alimentation compensée par l’alcoolisme chronique. Pensez-y, quand vous vantez à vos pitoyables dupes les mérites de l’ascétisme volontaire, les ’’gaspillages de la société de consommation’’, quand vous dénoncez les légumes et fruits qui nous arrivent du bout du monde en janvier et février, quand vous fulminez contre l’électricité pour tous, quand vous cherchez à nous faire croire que le temps présent nous fait vivre l’enfer et que le bon vieux temps que je dépeins était un paradis. Vous qui n’avez jamais vu de près un vrai sanatorium avec ses occupants en chair et en os, je vous dénie le droit de parler et de nous assommer avec vos minables arguties ! vous qui n’avez jamais vécu et ne vivrez jamais la déportation en sana d’un ouvrier de la base épuisé par les cinquante marteaux-pilons de l’usine de P...... fonctionnant ensemble dans un seul atelier, subis des dix ou vingt ans jusqu’à quarente-huit heures par semaine sans la moindre protection des oreilles, à qui on a découvert, à la visite du travail, une caverne sanguinolente tout en haut d’un poumon, juste sous l’épaule....et qui se voit forcé à ce grand départ, laissant sa famille en plan, sans son salaire, réduite à de maigres allocations ! imaginez ne serait-ce qu’un instant la colère qui aurait saisi ces pauvres gens au spectacle de vos récriminations d’enfants gâtés devant nos supermarchés pleins à craquer, au prétexte que leurs produits seraient trop ceci ou pas assez cela, juste avant de rejoindre vos appartements bien pourvus d’eau courante chaude ou froide, de sanitaires dignes de ce nom et de systèmes de chauffage pour l’hiver ! eux, au moins, savaient depuis toujours que leurs affreuses maladies venaient précisément de l’absence sans issue de tout ce confort, de tous ces biens et toutes ces nourritures ! comment prétendez-vous être crédibles ?
Nous allons terminer notre voyage par un petit tour du côté des ’’hôpitaux psychiatriques’’ de ce cher bon vieux temps.
Malgré une population d’un tiers inférieure, il y en avait autant qu’actuellement. Jusque vers 1955, la psychiatrie en France, en tout cas dans le Midi, n’avait guère changé depuis le XIXième siècle.
Ce qui suit est attesté par plusieurs médecins âgés de ma connaissance, expérimentés, qui se souviennent de ces années terribles . J’ai d’ailleurs vu de mes propres yeux plusieurs des faits allégués.
La psychiatrie était alors, plus encore qu’aujourd’hui, à l’opposé d’une science exacte. Le charlatanisme de l’ignorance y régnait en maître, drapé dans des attitudes d’autorité médicale et de savante componction hautaine. Les chefs psychiatres étaient, chacun dans son petit secteur, des souverains absolus et de droit divin, indépendants à 95% des pouvoirs politiques et de la Justice. Jamais l’autorité judiciaire ne les a remis en cause, et ils étaient trop souvent des alliés objectifs des juges et gendarmes.
L’enfermement psychiatrique continue certes de sévir de nos jours, mais il commence à être sérieusement encadré, et, de plus en plus, contesté. Dans les années 50 et antérieures, l’internement psychiatrique ’’à l’initiative de tiers’’ se pratiquait couramment sans la moindre difficulté : un médecin généraliste, bien souvent ami de la famille, établissait un certificat, au grand soulagement de l’entourage, parfois sans même examiner la personne, et moins d’une heure après, l’intéressé était embarqué dans un panier à salade (oui, des pandores, vous avez bien lu), et hop ! direction l’asile le plus proche....l’entourage immédiat, et en outre la société tout entière, pouvait respirer. Contrairement à l’emprisonnement judiciaire, la durée de l’internement n’était pas connue à l’avance... dans bien des cas, c’était à vie.
Qui enfermait-on ? toutes sortes de gens, dont beaucoup de rebuts de la société : alcooliques en phase terminale, syphilitiques au stade de la démence, infirmes mentaux congénitaux (on ne creusait pas trop la cause : faut-il rappeler, par exemple, que jusqu’en 1960 et même plusieurs années après, la trisomie 21, appelée ’’mongolisme’’, était considérée comme une maladie ’’psychique’’, voire ’’psychologique’’ ?), maniaques variés, personnes dépressives ou agitées, autistes. On n’y voyait pas trop de personnes âgées atteintes d’Alzheimer ou de Parkinson, car pour elles, il existait déjà des mouroirs adaptés, sauf quand les familles les gardaient jusqu’au bout.
Les cadres médicaux de ces hôpitaux psychiatriques (on disait ’’asiles’’ ou ’’asiles de fous’’) avaient tous les pouvoirs et ne devaient rendre de vrais comptes à personne.
L’arrivée à l’asile se faisait soit en panier à salade (mandé par le médecin), soit par véhicule hospitalier avec infirmiers psychiatriques. Dans ce dernier cas, pour peu que le patient ait protesté et esquissé quelques réticences à son embarquement, il arrivait solldement entravé dans une camisole de force, ou à défaut, solidement attaché avec des cordes, mains dans le dos. Ces pratiques étaient légitimées par un vocabulaire convenu : ’’le (ou la) forcené(e) ; ’’dérangé(e)’’, ’’agité(e)’, etc.
Arrivé à destination, le premier souci des autorités médicales était de ’’calmer’’ le ’’malade’’. Les hôpitaux psychiatriques comportaient peu de salles communes, car il importait de pouvoir isoler les internés. Toutefois il y en avait, comme par exemple à l’hôpital M....... de cette grande ville qui était alors ’’la quatrième de France’’. On calmait avec du gardénal et en commençant le séjour bien attaché sur le lit. Certains pensionnaires de ces honorables établissements passaient le reste de leur vie attachés à leur lit 18 heures sur 24 et parfois plus. Si l’intéressé(e) protestait par des ’’crises’’, il (ou elle) rempilait pour trois fois plus. En cas de crise prolongée, on n’hésitait pas à administrer des douches froides. Le secret médical couvrait absolument tout. Les familles des internés, quand elles ne les abandonnaient pas à leur triste sort, ne voulaient pas voir, pas savoir et ne demandaient rien à personne. C’était notre ’’nuit et brouillard’’ à nous, avec consentement hypocrite de toute la société, mais aussi avec l’excuse de cette vie trop dure pour que ces personnes en détresse psychique soient réellement prises en charge par le corps social.
Les plus remarquables de ces hôpitaux avaient été aménagés dans d’anciens châteaux-forts féodaux. Dans la bonne ville de P......, la plupart des personnes internées allaient à l’asile d’Etat de S....-L....., installé dans un impressionnant château féodal bâti sur une hauteur abrupte dominant la bonne ville de S....-G...... distante de moins de 5 kilomètres. J’ai eu l’occasion de le visiter partiellement en 1953. Vu de près, c’était une petite cité médiévale encerclée par la puissante forteresse, rappelant un peu, toutes proportions gardées, la Cité de Carcassonne, A cette différence près qu’aucun Viollet-Le-Duc ne ’lavait restaurée. L’asile comportait plusieurs secteurs isolés les uns des autres, chacun entouré d’un grillage façon zoo surmontant un muret de maçonnerie. Au centre de ces espaces de quelques ares chacun, un ou deux bâtiments. Ces espaces servaient de cour aux occupants desdits bâtiments. On circulait dans l’asile par un réseau de petites ruelles qui bordaient ces ilôts grillagés, si bien qu’on pouvait voir les occupants emprisonnés dans ces cours. Voici ce que j’avais vu à l’époque, vu de mes yeux : dans une de ces cours, des hommes au regard vide déambulant lentement comme des fantômes, en tenue de bagnard mais non rayée, silencieux, comme absents. L’un passait le temps en rongeant un bout de bois, qu’il parvenait, depuis des mois et des mois qu’il faisait ça, à sculpter (les couteaux et autres ciseaux étaient évidemment interdits ). Un autre, qui m’a beaucoup frappé, frottait indéfiniment, sans jamais s’arrêter, un gros caillou gris (la taille d’une grosse orange) qu’il tenait dans sa main droite et qu’il polissait éternellement contre de grosses pierres de l’enclos ; à force de le polir, il était parvenu à lui donner une forme parfaitement sphérique ! l’enclos qui dominait tous les autres était celui, nous avait-on informés, des ’’aliénés les plus durs’’. Un bâtiment unique était placé en son centre : c’était une tour médiévale sommaire mais massive, évoquant la bâtisse maçonnée d’un gros moulin à vent. Une unique ouverture non fermée, apparemment dépourvue de porte, était l’unique accès à l’intérieur de cette tour. Je n’ai vu personne dans la cour, mais j’ai vu une marmite couleur de vieil alu soigneusement posée sur un trépied à l’extérieur. Il était manifeste que ce trépied servait à faire du feu sous la marmite. Des nouilles blanches séchées collées à l’extérieur du rebord de la marmite pendaient, lui formant comme une chevelure en couronne. Un aliéné à qui je n’avais pas prêté attention est alors arrivé et s’est servi des nouilles dans la marmite même, avec ses mains nues, et s’est mis à les manger ! j’en étais épouvanté, mais je me suis tu. Ce tableau est resté gravé à jamais dans ma mémoire, avec tous ses détails, la clôture, la tour, la lumière gris sale d’une fin d’après-midi de printemps, la désespérance définitive qui enveloppait ce château.....
Les autorités médicales ’’soignaient’’ certains des ’’fous’’ par ’’sismothérapie’’, nom savant des électrochocs. Etrange méthode ! dont le principe est le suivant : ’’notre ignorance neurologique abyssale nous rend impuissants, ces détresses nous dépassent, nous ne savons que faire, nous sommes désemparés, alors imitons celui qui donnent quelques coups de poing sur une veille radio crachotante dans l’espoir de la remettra en marche’’. On ne procédait pas par coups de poing, mais par des chocs électriques (d’où le nom ’’électrochocs’’) : quelques électrodes réparties sur le crâne, une brève et violente décharge électrique, ou plusieurs ; elles étaient censées ’’’tout remettre en place’’. On ne fait pas plus empirique.....de la part de pontes très à cheval sur l’exercice illégal de la Médecine, qui ne manquaient jamais une occasion de pourfendre jusqu’en Justice l’obscurantisme et la superstition incarnés en les rebouteux et les ’’guérisseurs’’, c’était osé ! mais sous le nom ’’sismothérapie’’, qui signifie ’’traitement par des chocs’’, ça en imposait au petit peuple.....
Avec le recul, on s’aperçoit que le monde psychiatrique de notre bon vieux temps avait surtout une fonction sociale, assurée en toute indépendance : un rôle de tissu conjonctif à la fois lien et séparation entre les mouroirs, les cliniques de désintoxication alcoolique, les prisons et l’institution judiciaire. De son existence dépendait souvent la préservation du patrimoine des familles....car un mauvais internement psychiatrique valait cent fois mieux qu’un bon divorce, et présentait un risque judiciaire nul par rapport à la fruste planche savonnée.....
Mes lecteurs voudront bien m’excuser d’arrêter là ce voyage dans le temps. A mon grand regret, il y manque la visite des prisons de l’époque, J’aurais pu en parler, mais je manque de constatations personnelles ; je sais, par maints moyens, que cette visite ne serait pas triste, mais je n’ai à donner que des informations de seconde main, au demeurant bien connues des amoureux de la Vérité. Cette visite nous aurait fait retrouver nos vieilles amies la tuberculose et la syphilis, puisqu’un séjour un peu prolongé dans ces ’’maisons d’arrêt’’ faisait contracter presque systématiquement l’une ou l’autre de ces horribles maladies. Je ne peux que recommander la lecture de deux ouvrages majeurs sur cette question : ’’La Cerise’’, d’Alphonse Boudard, et ’’Le Petit Paradis’’, ouvrage autobiographique de ce médecin des prisons des années 1970-71 tellement ému de tout ce qu’il a vu et vécu en deux ans de sacerdoce qu’il n’a pas tenu le coup et a démissionné, puis a écrit son livre.
