Hamon et le credit révolving
lundi 6 août 2012, par

Ainsi donc, avec vingt ans de retard, après les avoir laissés flamber à mort à partir des années 1980, M. Hamon tente de tracasser les marchands de crédits revolving.
En aura-t-il l’envergure ? la question, hélas, mérite d’être posée, car ce M. Hamon, si méchant en paroles quand il s’en prend aux revenus trop élevés à ses yeux, leur promettant un enfer fiscal sans pitié, répond à ses détracteurs avec de ces timidités ! que c’en est pathétique !
La lecture du Figaro-Internet d’aujourd’hui sur cette question est pourtant du plus haut intérêt : à la façon doucereuse des faux jetons et vrais traîtres-Judas, j’ai envie de dire ’’à la Talleyrand’’, le Figaro, gêné mais plus faux -cul que jamais, défend de son mieux les marchands de revolving et se permet fielleusement d’insinuer que la suppression de ’’ce type de crédit’’ pourrait être néfaste à la consommation, et que M. Hamon devrait choisir entre l’emploi et son attaque contre ces crédits. Du grand art, dont nous allons parler ci-dessous. Mais M. Hamon, qu’a-t-il trouvé à répondre à ça ? ah mais ah mais, c’est la meilleure : d’une petite voix de petit garçon pris en défaut, en s’excusant presque, comme effrayé de son audace, il a dit n’être pas ennemi de la consommation ni du crédit, bref qu’on l’a mal compris, qu’il n’est pas le grand méchant loup qu’on pourrait croire, etc etc. Un rétropédalage magistral où il se montre supérieur à son maître du pédalo ! ah décidément ces socialistes, toujours prêts à défourailler au revolver fiscal, ça c’est tellement facile n’est-ce pas ? mais face au moindre problème sérieux, à chaque occasion où on pourrait, et où on devrait, porter le fer là où ça fait mal, pfuittt ! plus personne ! bref, les socialistes, leur seconde devise c’est ’’fort avec les faibles et faibles devant les forts’’ ! taper comme un sourd sur les faibles et s’aplatir sous la carpette devant les forts !
Car il a écrit quoi, notre cher Figaro ? ceci (je résume) :
’’ (ici, comédie de l’objectivité) ces crédits revolving sont inséparables de la consommation (....) (ici, on commence à plaider) on les accuse de conduire trop de gens au surendettement, mais (là, on rejoue l’objectivité, avec un coup de pied en traître sous la table contre les tentatives honnêtes de Mme Lagarde), les lois Lagarde ne semblent pas avoir beaucoup réduit ce surendettement, les statistiques le prouvent (tu parles, t’as qu’à croire, Grégoire !) et il est certain que ces crédits à la consommation (là, la leçon pour petit garçon dissipé commence) entrent pour beaucoup dans la consommation, alors même que cette dernière marque le pas bien qu’elle soit un des moteurs fondamentaux de la croissance.
(Maintenant enhardi, pifométrant le point faible de l’ennemi, le Figaro-Judas enfonce le clou) Bien sûr, il est rarement demandé des garanties aux consommateurs de ces crédits, mais ils jouent un rôle irremplaçable dans la consommation, et force est de reconnaître que les lois Lagarde ont fait beaucoup de torts à ce secteur (là, pudique, le Figaro utilise l’antonomase ’’ce secteur’’, pour ne pas avoir à écrire trop souvent ce gros mot de ’’revolving’’). A tel point (là, âmes sensibles, préparez les mouchoirs...) que l’emploi dans ’’ces sociétés de crédit’’ (vous suivez, là ? il ne s’agit pas de sociétés de crédit comme les autres, non, il s’agit de sociétés de crédit revolving, là encore le Figaro utilise la litote qui lave plus blanc que blanc), a beaucoup pâti des lois Lagarde, leur activité a diminué de 38% et a conduit à supprimer plus de 400 emplois (.....) (Attention, voici le coup de grâce à la Talleyrand : ) et donc M. Hamon devra choisir entre les emplois ou sa suppression des crédits renouvelables (.....) ’’
Et c’est devant ça que M. Hamon, cette terreur de tout ce qui dépasse le SMIC, se dégonfle ? ah ça alors c’est la meilleure ! il a lancé son attaque sans avoir rien étudié ou quoi ? il ne sait pas que les crédits revolving ont rapporté des fortunes absolument scandaleuses à ces ’’sociétés de crédit’’ qui les ont distribués à tout va, même à des gens très pauvres, dont l’un des conjoints était atteint de maladie incurable et avait eu l’honnêteté de le dire ? auquel cas, l’honorable société en question vendait quand même l’assurance dudit crédit ? en sachant parfaitement que ces assurances, de plein droit, se seraient défilées en cas de pépin, vu cette maladie incurable ? il ne sait pas que ces assurances, dont le siège était trop souvent à l’étranger, permettaient auxdites sociétés de dépasser allègrement le taux permis de l’usure, délit puni de sanctions écrasantes pour les prêteurs ? il ne sait donc pas, ce M. Hamon, qu’un crédit revolving sur trois environ n’est jamais payé, mais que cette statistique ne décourage pas pour autant les sociétés, tellement ils rapportent gros, d’en vendre le plus possible même à des emprunteurs dont la solvabilité est plus fragile que du verre ?
Il ne sait donc pas, notre redresseur de torts M. Hamon, tous les drames humains qui ont commencé par un crédit renouvelable, puis un second pour le rembourser, puis un troisième et ainsi de suite, jusqu’à dix, parfois quinze ou même vingt cartes de crédit superposées, chacune pour rembourser la précédente, puis l’huissier, la commission de surendettement, parfois la ruine, l’obligation de vendre sa maison, elle-même achetée à crédit ? ou alors, le marchand de revolving, magnanime, à la dixième carte de crédit, qui offre enfin de les racheter toutes les dix, contre un emprunt amortissable mais à taux variable non cappé (i.e. sans butoir supérieur pour les taux d’intérêts), sur trente ans et commençant à 7,5 % l’an ? ce qui fait rembourser au total trois cent cinquante mille euros pour soixante-dix mille prêtés ? ( cas authentique qui m’a été montré par un notaire sous anonymat des victimes)
Et il s’excuse de demander pardon comme quoi il ne veut pas faire de tort à la consommation ? mais là, on nage en plein rêve ! il n’a donc pas compris les coulisses de ce chantage ignoble, le petit M. Hamon, ce Zorro des moyens et gros revenus ? il ne pense même pas que le vendeur n’en a rien à cirer, des affres qui attendent l’emprunteur au tournant, lui, il vend son petit crédit bien salaud et le commerçant, c’est ça qui compte, il est payé comptant ! la consommation, c’est à lui, commerçant, qu’elle profite tout de suite dans l’affaire et après ça, ben l’emprunteur il sera tout seul devant ses difficultés...et le vendeur de crédit revolving fera son job, récupérer sa dette assortie d’intérêts effrayants, le consommateur-emprunteur aura fait marcher les affaires, mais à ses dépens et à ses risques et périls ! surtout quand le vendeur de ’’ces crédits’’, ça arrive plus d’une fois, est en même temps actionnaire de la société de revolving.....
M. Hamon, s’il lit Reconquista (ce que nous ne saurions trop lui conseiller), prendra peut-être conscience que des fortunes colossales scandaleuses se sont constituées entre 1984 et 2008 sur le dos de la partie la plus pauvre de la population. Ces fortunes, normalement, avant d’être blanchies, auraient dû attendre la prescription trentenaire, mais non, non, non ! une loi providentielle est passée en 2008 justement, qui a ramené à cinq ans la prescription en matière de crédit...bien joué, non ? c’est de cette façon que d’obscures officines des années 1980 sont devenues, aujourd’hui, de véritables banques ’’honorables’’ en passe de jouer dans la cour des grands ! et blanchies, s’il vous plaît ! ah certes, c’est plus facile de décréter des impôts à tout-va que de demander des vrais comptes à ces heureux nouveaux riches dont personne ne parle jamais !
Il ne vient donc pas à l’idée de M. Hamon, cet admirateur à la fois de Babeuf et Staline, que pour soutenir sainement la consommation, il faudrait plutôt revoir l’ensemble de TOUS les salaires à la hausse au lieu de tout tirer vers le bas comme la fausse vraie droite et la vraie fausse gauche le font depuis trente ans ? et de ne pas reprendre ces salaires comme des pingres avec l’élastique fiscal ? il ne lui vient donc pas à l’idée que c’est justement l’insuffisance des salaires à tous niveaux qui entretient la vente de ces honteux crédits ’’renouvelables’’, plongeant les victimes dans l’engrenage de l’esclavagisme usurier ? et que c’est donc de cet esclavage de l’usure que sont nées les grandes fortunes épinglées plus haut ?
Enfin, last but not least, notre cher Figaro se la joue moralisateur, en dénonçant l’irresponsabilité de certains emprunteurs. Que chacun soit raisonnable, donc refuse les emprunts alléchants, et à en croire ce journal , tout ira bien sans qu’il soit besoin de loi Lagarde ni de loi Hamon. Finalement, n’est-ce pas, tout le mal vient de lui, les marchands de revolving n’y sont pour rien si les pauvres ne sont pas raisonnables et ne résistent pas à mille euros offerts tout de suite contre juste une petite signature, sans formalités ! Et vous ne trouvez rien à répondre à ça, M. Hamon ? cet argument vous intimide ? donc, je suppose, vous serez d’accord qu’il faut être logique : que reproche-t-on aux marchands de drogue, qui ne font rien d’autre que vendre leur camelote à ceux qui leur en demandent ? que reproche-t-on aux proxénètes, qui ne font rien d’autre que vendre des filles à ceux qui ne demandent qu’à en acheter ? il faut donc laisser les drogues en vente libre, toutes les drogues, LSD, même le crack, l’héroïne....le trafiquant n’y peut rien si les drogués sont irresponsables n’est-ce pas, lui, ce n’est pas sa faute s’il s’enrichit dans l’histoire ! ce n’est d’ailleurs pas bien nouveau : cet argument était avancé à la fois par Al Capone et par Milton Friedmann. C’est bien ça ? sinon, détrompez-nous, de grâce !
Nous, à Reconquista, on n’a pas à dicter sa conduite à M. Hamon (ni à personne, d’ailleurs). Mais si par un hasard extraordinaire, il disait qu’il pleut alors qu’il est en train de pleuvoir, bien que tout nous sépare de lui, nous serions à ses côtés pour dire qu’il a raison de dire qu’il pleut. Si donc M. Hamon veut pour de bon légiférer sur ces crédits dit ’’revolving’’ (que les employés de ’’ces sociétés de crédits’’ appellent les ’’crédits-revolver’’), nous l’applaudirons bien sincèrement, aux conditions suivantes :
1) suppression pure et simple des crédits revolving. Aucun autre crédit n’est permis que les suivants : crédits amortissables à taux fixe et remboursements fixes et non révisables, crédits in fine, crédits à intérêts payés d’avance, les deux dernières catégories de crédits n’étant autorisées que pour des crédits immobiliers (particuliers comme entreprises).
2) nomination d’une commission d’enquête sur tous les crédits revolving distribués en France depuis 1984, avec les missions suivantes : réunir toutes informations techniques et judiciaires (notamment lors de ’’ces crédits’’ qui se sont terminés au tribunal) ; détermination des vrais taux d’intérêts pratiqués depuis 1984, en y intégrant le coût des assurances s’il y a lieu.
3) proclamation que la prescription quinquennale en vigueur depuis 2008 n’entraîne nullement prescription quinquennale pour les délits de droit commun commis dans certains souscriptions à ces ’’types de crédit’’.
4) En conséquence, détermination des préjudices subis par de nombreux emprunteurs, suivie d’une loi qui permette de rembourser les victimes à titre de D.I. Aide aux victimes pour intenter des procès en remboursements et en D.I.
La balle est dans le camp de M. Hamon et ses amis et/ou conseillers.
FREDELAS
